Le « Commando of The Seas ». Ce grand navire marchand faisait la fierté de son possesseur, le Commandant James Longchamp, et de toute la côte sud du Continent Realien. Ses trois grandes voiles, qui étaient spécialement étudiées pour que le majestueux navire navigue le plus rapidement possible, ses trois grandes voiles qui balayaient le ciel, soufflant dans le vent virevoltant. Le bâtiment était équipé de quarante canons, prêts à bombarder n'importe quel ennemi qui serait assez téméraire pour se montrer à l'horizon; l'équipage avait été choisi par le plus grand soin, les matériaux utilisés pour construire la coque étaient les meilleurs. C'était un des meilleurs navires de la Mer Realienne, et peut être même de la planète. La brise soufflait sur les vagues azures, rebondissait contre les voiles dans un long souffle furtif...
Les rayons se faufilaient entre les fins nuages, et rendaient un éclat impénétrable aux vagues imposantes.
"Debout! Tout le monde debout! s'écria le Capitaine Longchamp, en entrant dans la cabine des plus jeunes.
-Grouillez-vous! Tout le monde sur le pont! On a beaucoup à faire aujourd'hui!
Il tira tout les matelots de leur sommeil, et ressorti tout aussi rapidement.
Il s'approcha d'un jeune garçon et lui dit: Allez, Will, lève-toi... J'ai quelque chose qui va t'intéresser aujourd'hui!
Longchamp tira tous les matelots de leur sommeil, et ressorti tout aussi rapidement.
Le jeune homme brun se leva, s'étira, et, d'un pas vacillant, se dirigea vers la porte de la cabine. Il enfila ses longues bottes de cuir, passa son arme dans son étui, et se couvrit de son tricorne, qu'il avait hérité du Capitaine. Comme chaque jour, il était le premier debout, prêt à travailler à la gloire du navire.
Enthousiaste, il quitta la cabine d'où s'échappait de lourds ronflements et posa son pied décidé sur le pont du navire.
Le vent marin fouettait ses longs cheveux bruns. Il ferma les yeux pour mieux sentir l'odeur marine qu'il aimait tant. Les rayons du soleil commençaient à peine, semblait il, à quitter les profondeurs tourmentées de l'océan, et se reflétaient sur la surface de l'infinie étendue.
Euphorique, Will se dirigea vers la cabine du Capitaine, dont on voyait la large fenêtre dorée, la plus haute, sur la poupe du trois-mâts. Il frappa à la porte ouvragée, et entendit la voix forte de Longchamp lui répondre:
"Entre, Will!"
Le jeune garçon s'exécuta, et poussa la porte.
L'intérieur de la cabine était essentiellement composé de mobilier de bois ouvragé.
Le parquet qui recouvrait le sol avait été poli récemment, ce qui avait pour effet de refléter l'éclat solaire qui fusait à travers les vitres de la cabine.
Longchamp admirait l'océan, grand et fier.
Puis il prit un parchemin jauni, et lit:
"O combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
Dans ce morne horizon se sont évanouis!
Combien ont disparus, dure et triste fortune!
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Dans l'aveugle océan à jamais enfouis!"
-Sais-tu qui a écrit ce poème? demanda-t-il.
Will hocha la tête.
-C'est Victor Hugo.
-Je ne le connais pas, répondit Will.
-Il est mort depuis longtemps... Depuis très longtemps. C'est un nom que je te conseille de retenir: c'était un grand voyageur...
Il s'approcha du jeune homme et le prit par l'épaule.
-Regarde ce document. Je pensais que ça t'intéresserai peut-être...
Il pointa du doigt un rouleau de parchemin décacheté sur le petit bureau de bois orné de fioritures abondantes.
Will déroula le document, et regarda le sceau: c'était un lion majestueux, portant une couronne. En dessous, sur une banderole, était écrit en lettres majuscules: Aut Cæsar, aut nihil.
Il ignorait ce que cela signifiait, mais il continua sa lecture:
Monarque Flavius
Sous les ordres de
Sa Majesté l'Empereur
Le Très-Puissant Empereur prie James Longchamp, Capitaine du navire « Commando of The Seas » de retrouver le pirate Hugh Fleetgrass, de lui ôter la vie et de retrouver la carte de la Zone Désertique qu'il détiendrait, au nom et pour l'Empereur, ainsi que pour l'intérêt commun.
Vous toucherez une somme importante, ainsi que vous gagnerez notre reconnaissance.
Signé: Ta'thor Brise-brûlante, Monarque des Steppes
Conseiller de l'Empereur
Will enroula le parchemin, stupéfait.
La mission paraissait étrange, par rapport aux habituelles missions de découverte maritime.
Le Capitaine, fier, souriait, laissant apparaître une dent en or.
« On va la retrouver cette carte, tu verra, et on raflera le pognon!
-Et savez-vous où se trouve ce Fleetgrass, demanda Will.
-Oui, je le sais... C'est un vieil ami à moi., répondit il, nonchalant.
Et il sortit, sans ajouter un mot. Will était interloqué: le Capitaine allait il trahir un ami? Allait-il le tuer, simplement pour de l'or? Il rejoignit Longchamp sur le pont qui se dirigeait vers la proue du majestueux trois-mâts.
« Vous allez le laisser tomber? Fleetgrass, vous allez le tuer?
Juste pour de l'or? Demanda Will, sur un ton accusateur.
-Bien sûr que non! C'est un de mes meilleurs amis. Hugh Fleetgrass... On en a écumé des mers ensemble! Il avait un don pour se mettre dans un pétrin incroyable.
On va lui rendre une petite visite surprise...
S'il se montre raisonnable, il nous donnera la carte... Sinon...
Tant pis, conclu-t-il, toujours un sourire aux lèvres. Je lui emprunterais.
-Vous... Ce ne sont pas les pirates qui volent, d'habitude?
-Qui n'a jamais rêvé de liberté... Tu verra, la tentation de voler est grande, on a toujours soif de découvrir... Il se ressaisit et annonça:
« On arrivera sur l'île de ce vieil Hugh dans l'après-midi. En attendant, je vais te donner un petit cadeau...
Il sortit de la poche de son manteau de cuir une boîte rectangulaire en bois ouvragé. Le dessus de la boîte arborait les armoiries de Longchamp: un sabre croisé avec un pistolet.
Will l'ouvrit, et, logé dans du satin, reposait une dague.
Le manche en ivoire, d'une extrême clarté, s'allait à la perfection avec la lame argentée et scintillante.
Il sortit la dague avec précaution, et fit mine de pourfendre un ennemi invisible.
« Elle est merveilleuse! Merci, merci beaucoup!
James rit.
-Ne me remercie pas! Elle devrait t'être utile, un jour ou l'autre... Et depuis que tu m'as été confié, je me dois de te garder sain et sauf! Allez, regarde là-bas, à l'horizon...
Il tendit une longue-vue à Will, qui s'empressait d'y coller son ½il. Au loin se profilait une petite île verdoyante.
-C'est quoi?
-L'île de Fleetgrass. On va accoster là-bas, afin de se reposer...
Et de récupérer la carte.
Vigie! On accoste sur l'île droit devant! Cria James en direction du sommet du mât.
-Bien! Répondit-il. Prépare tes affaires... et réveille les autres, dit il d'un ton mou.
Le navire accosta l'île dans l'après-midi.
Longchamp fut le premier à poser le pied sur la plage sablonneuse. Les marins n'étaient pas au courant de la véritable raison pour laquelle le Capitaine avait décidé de faire une escale sur l'île, qui n'était, d'ailleurs loin d'être laide. Pourtant petite, elle arborait de nombreux palmiers sur sa plage, et une vaste étendue d'herbe sur une grande colline.
Il n'y avait presque pas de bâtiments sur l'île, les insulaires étant ravitaillés par bateau.
Alors que les marins dormaient à l'ombre des cocotiers, Longchamp et Will s'éclipsèrent à la recherche de Fleetgrass.
Ils n'eurent pas de mal à le trouver, il habitait la plus grande des maisons. Un immense jardin peuplé d'animaux divers la bordait, et un petit ruisseau s'étendait , jaillissant de la colline voisine.
Les deux marins traversèrent la longue et majestueuse allée, et lorsqu'ils parvinrent au perron de la grandiose demeure.
Will sonna la cloche, et un domestique ouvrit la porte et les invita à entrer. L'intérieur du hall était richement décoré. Les volutes des colonnes semblaient si légères qu'elles s'envolaient,
et les fleurs exotiques des vases rougeoyaient de milles couleurs.
Un double escalier débouchait sur le hall, et au-dessus duquel trônait la silhouette massive du propriétaire des lieux.
Il avait une canne à pommeau d'or, de longs cheveux blonds mis en valeur par un antique tricorne. Bien qu'il n'était pas vieux, quelques rides venaient froisser un visage rayonnant. L'homme portait une veste blanche, qui contrastait étrangement avec ses bottes noires.
Il semblait attendre la visite de quelque un, et, apparemment non surpris, s'exclama:
« Ah, James, James, James! Combien de temps, déjà, s'est écoulé depuis notre dernière rencontre...
Et toi, dit-il, tu dois être Will... Le petit marin, qui, m'a-t-on dit, accomplissait des merveilles stratégiques!
Will se dit que James avait du parler à l'homme, qu'il devinait être Fleetgrass.
-Ce cher Hugh... Comment va-tu? Tu ne paraissais pas aussi riche là dernière fois que je t'ai vu, dit e=il en riant de bon c½ur.
L'hôte descendit les marches de pierre.
-Non, certes... C'était avant que j'eu découvert...
Il ne continua pas sa phrase, mais poursuivait sa descente en direction de Will et du Capitaine.
Allons nous installer au salon, dit-il en poussant une porte ouvragée. A l'intérieur se trouvait une grande bibliothèque boisée, remplie d'ouvrages apparemment anciens. Devant la bibliothèque se trouvait un grand bureau sur lequel jonchaient documents divers. Le modèle réduit d'un navire majestueux occupait le coin gauche, et sur les murs étaient accrochés des gravures anciennes ainsi que des cartes maritimes.
« Asseyez-vous, dit Fleetgrass, en désignant des fauteuils recouverts de cuir. Alors, qu'est-ce qui t'amène ici, demanda-t-il au Capitaine.
-Et bien, figure toi que j'ai entendu dire, que tu avais une carte... Une carte de la zone désertique.
Le sourire de Hugh se ternit subitement.
-Si tu es venu pour me la demander, tu perd ton temps, répliqua-t-il en se levant. On me l'a volée.
-Volée? Et qui donc?
-Je ne sais pas... Je l'avais placée dans un coffre de la Compagnie des Mers, et il a été forcé. J'en ai été averti l'autre jour.
Will demeurait interdit.
-Je vois... Tu n'as pas de copie de celle-ci?
-Non, il ne me semble pas... Mais tu dois pouvoir en trouver une chez un marchand de l'Ouest. Pourquoi t'interesse-tu à cette carte, interrogea-t-il Longchamp, l'air intrigué.
-Tu n'es pas sans savoir que cette zone renferme de précieuse richesses... Non, tu le sais sûrement... Je me demande même si ce n'est pas grâce à cela que tu t'es enrichi. La dernière fois que l'on s'était vu, tu paraissais plutôt sans le sou.
-JE NE ME SUIS JAMAIS APPROCHE DE CETTE ZONE!
Tu m'entends? Jamais, cria Fleetgrass. Visiblement, la remarque de Longchamp ne lui avait pas fait plaisir.
-Puis-je m'entretenir avec toi en privé, proposa James.
-Très bien. Mais sache que je n'ai pas de temps à perdre.
Ils sortirent tous les deux de la pièce, et Longchamp fit signe à Will de l'attendre.
Quelques minutes défilèrent, et Will commençait à s'impatienter. Il se leva, et contemplait les gravures qui étaient encadrées et accrochées au mur tapissé.
Certaines représentaient des monstres marins, d'autres, des bouquets de fleurs, et sur certaines, Will distingua la silhouette du Capitaine Longchamp. Il fut intriqué en particulier par une gravure sur laquelle il portait une sorte de petit globe qu'il brandissait vers le ciel. Derrière lui jonchaient des objets divers: des chaussures, des animaux, des plantes, des livres...
La scène avait quelque chose d'étrange: pourquoi quelque un aurait-il gravé une telle image, et que représentait-elle?
Était-elle abstraite, ou reflétait-elle la magie d'un évènement?
Will sentait un sentiment singulier se propager en lui, gagnant tous ses membres, et l'engourdissant. Il pensait, il savait, que derrière cette image se cachait quelque chose mais il n'arrivait à définir quoi. Will se retourna: il était seul dans la pièce. Il n'avait qu'à tendre le bras, et l'image était à lui, lui livrant ses secrets. Il était persuadé que personne ne s'en rendrait compte.
Les fourmillements le parcouraient avec une intensité grandissante, et il passa à l'acte: il décrocha le petit tableau qui renfermait la gravure et le cacha dans la double poche de son long manteau de cuir.
Il partit se rasseoir sur le doux fauteuil aux bras d'ivoire.
Quelques minutes s'écoulèrent encore, et Fleetgrass, accompagné de Longchamp rentrèrent dans le salon.
Ce dernier prit dévisagea Will d'un regard neutre, et il comprit qu'il était temps de quitter la demeure.
Lorsqu'ils sortirent tous les deux, le Capitaine prit la parole:
« C'est raté. Il a vraiment l'air sincère. Tu sais quoi? On devrait aller faire un tour du côté de la Compagnie des Mers, là où la carte a été volée. Je sens qu'on trouvera quelque chose là-bas.
-La Compagnie des Mers, répéta Will, qui ne savais pas ce que c'était.
-C'est une société qui gère à peu près tout ce qui touche de près ou de loin à la Mer. Elle sert de banque, de poste, de marché, parfois elle organise des compétitions maritimes...
À vrai dire, elle gère tout ce qui concerne les marins: elle a le droit d'annuler une expédition, de promouvoir une personne, de racheter des bâtiments pour les améliorer...
Je ne t'en avais jamais parlé?
-Non... Je ne crois pas. »
Longchamp semblait plus préoccupé que d'habitude.
Il n'arborait plus son sourire, et Will sentait que ce n'était pas le moment de lui parler de la mystérieuse gravure.
Arrivés sur la plage, les marins sortirent de leur sommeil, et tous embarquèrent sur le trois-mâts.
Longchamp s'enferma dans sa cabine après avoir donné des instructions sur l'itinéraire à prendre.
Will s'affala dans son hamac, et sortit de sa poche la gravure.
Il prit la peine de l'inspecter, afin de trouver des détails qui indiqueraient sa provenance, où la scène représentée.
Longchamp était représenté au centre de la gravure vieillie, avec un tricorne orné d'une plume. Il portait un long manteau et des bottes de cuir, un pantalon basique et une longue chemise blanche bouffante. À sont côté pendait un sabre long dans son fourreau.
Son bras tendu vers le ciel brandissait un petit globe d'or.
Et derrière lui se trouvaient, empilés, la multitude d'objets indéfinissables par leur quantité, bien que Will reconnu certains éléments. La finesse du trait rendait la recherche d'autant plus difficile, que la gravure était entièrement réalisée à l'encre noire.
Will retourna le parchemin:
Dans le coin droit du bas, un nom était inscrit: « Fleetgrass »
Ce nom était accompagné d'une phrase griffonnée à l'encre bleue: « L'¼il n'est pas assez performant ».
Il se demanda si c'était bien Hugh Fleetgrass qui avait gravé ce dessin.
Si oui, il devait absolument le retrouver pour en avoir le c½ur net.
Néanmoins, il rangea le parchemin dans son coffre et se balança dans son hamac, avant de s' assoupir, en espérant profondément que dormir l'aiderait à comprendre le mystère de la gravure.
Il devait être minuit lorsque Will se réveilla. Son ventre grognait de faim, et il avait tout autant soif, ses lèvres se desséchant.
Il sortit du dortoir sans faire trop de bruit, sur la pointe de pieds, et poussa la porte. Il était tard, et le vent gelé ankylosait ses muscles.
Il se dirigea vers la cuisine, et en poussa la porte de bois renforcé.
À l'intérieur planait une odeur de soupe au poisson fort déplaisante, et des couteaux, des épluchures de légumes divers et des couverts jonchaient la grande table.
Quelques assiettes sales du dernier repas n'étaient pas encore débarrassées, et plusieurs bouteilles de rhum déversaient leur contenu sur le plancher gondolant. Will faillit trébucher sur une peau d'orange et parvint finalement à un gros panier où était conservé le pain.
Il y prit une miche et un bout de fromage, qu'il mordit à pleines dents.
Sur une étagère, il aperçu des plants de fleurs étranges: certaines avaient des fruits, d'autres ressemblaient à des sapins miniatures.
Mais une plante attira l'attention de Will: elle était très basse, mais ses branches fines s'étiraient, si bien qu'elles grimpaient sur les plantes voisines. Quelques baies bleutées aux reflets dorés poussaient aux extrémités des ramures courbées. Il sentait que cette plante avait quelque chose de différent, il le savait.
Il tendit la main vers une des baies, et lorsque celle-ci entra au contact de la main de Will, il ressentit une vive douleur: sur sa paume était apparue une marque rouge de brûlure. Comment cela était-il possible?
Il sortit un morceau de cuir et arracha la baie brûlante. Il la rangea dans sa poche. Sa faim étanchée, il ouvrit l'armoire où étaient conservées les précieuses bouteilles de rhum. Après en avoir déboutonnée une, il but à pleines gorgées. Il resta encore quelques temps à contempler la plante aux baies brûlantes. Lorsqu'il se rendit compte, un peu honteux, qu'il avait goulûment avalé tout le rhum que contenait la flasque, il repartit se coucher, le pas titubant.
Le lendemain, il fut réveillé par le cri des mouettes. Il s'habilla rapidement, prit son tricorne et son long manteau, et sortit de sa cabine. l traversa hâteusement le couloir étroit, et déboula sur le pont du majestueux trois-mâts. C'est là qu'il se heurta au Capitaine Longchamp.
"Bonjour, Capitaine!
-Je t'ai déja dit de m'appeller James... Nous sommes enfin arrivés au Siège de la Compagnie des Mers. Tu as toute la matinée pour te prommener, et vers... Disons, deux heures, on se retrouve à la Banque, d'accord?
-Pas de problême, aquiesça Will.
-Au fait... Evite de parler aux gens... Ils ne sont pas très accueillants, par ici. Tiens, prends cette bourse, si tu veux t'acheter quelque chose. Bonne journée!
-Merci, à vous aussi.
-A toi aussi... On se retrouve à deux heures!
-Pas de problême!
Will sautant sur le quai. Enfin la terre ferme... Il leva les yeux, et admira la merveilleuse architecture du Siège de la Compagnie des Mers. L'île avait été construite par l'Homme. Elle était parfaitement circulaire. Au centre se dressait une fière et haute tour blanche de marbre, dont les souples volutes gravées semblaient défier les nuages. Des arcs rejoignaient le toit des bâtiments alentours, afin d'assurer un passage entre chaque bâtisse.
La tour dominait les eaux de ses plusieurs centaines de mètres, et à son sommet trônait une coupole de verre, surmonté par la majestueuse statue d'un navire. Le soleil étincellait et se projetait contre la Tour de Marbre, lui offrant un éclat supplémentaire.
Mis à part la Tour, les autres bâtiments étaient tous identiques. Tous de briques, le toit d'ardoises, il y avait une telle rigeur dans leur construction, qu'à première vue, on croirait qu'il ne s'agissait que d'une seule et même maison, car les briques étaient semblables. Mais en y regardant de plus près, on s'aperçevait que chaque porte, fenêtre, perron était peint d'une autre couleur, comme si chacun y avait apporté une touche personelle. Mais la densité des constructions faisat qu'il n'y avait aps de végétation, mis à part quelques fleurs qui poussaient délicatement sur les rebords des fenêtres.
Bien différent de ce qu'il avait déja pu observer, le style architectural lui semblait intemporel, presque étranger...
Après avoir admiré l'architecture locale, Will se mit en quête d'un petit déjeuner, car les bruits émis par son ventre se voulaient insistants. Il trouva une petite auberge, où il but et mangea royalement. Ensuite, il entreprit de visiter la Tour de Marbre. Il se dirigea vers le centre de l'îlot, où trônait l'imposant édifice. A son pied, la tour semblait gigantesque, le dôme se fondant dans les nuages filandreux. Deux gardes en armure d'or gardait les portes de chêne massif.
TEXTE A AJOUTER
Sur le pont, les indigènes étaient fous. Ils coupaient, tailladaient tout ce qui leur tombait sous la main, que ce soit des cordes ou des hommes. Longchamp tentait de se battre avec son sabre contre trois pirates armés jusqu'aux dents. Lorsqu'il vit Will, il cria dans sa direction:
"Will! Va chercher dans mon bureau, tu verra, il y a une malle, prends la bourse rouge et le pistolet, et cache toi! Il ne faut pas qu'on te trouve! COURS!
-Je... Attendez! Vous avez besoin d'aide!
-NON!! Va dans mon bureau! VITE! Hurla Longchamp, visiblement dépassé par la situation.
Partout, des marins croulaient, et une des voiles, en se décrochant, perça la coque.
Will défonca la porte de la cabine du Capitaine. Il regarda furtivement dans tous les coins de la pièce, et il finit par trouver la malle. Elle s'ouvrit sans peine, et Will fouilla dedans, à l'affut du pistolet et de la bourse rouge.
Il soulevait les cartes, mais rien ne ressemblait à ce qu'avait décrit le capitaine.
"Grraaaaaah!! hurla un pirate en bondissant à l'interieur de la cabine. Il menaçait Will d'un long sabre.
-Non, non, chuuuut... Calme-toi... Je ne vais rien te faire! dit calmement Will, en levant les mains.
Il observa plus précisément son attaquant. A vrai dire, il n'avait rien d'un humain. Il se tenait à quatres pattes, ses vêtements étaient déchirés, il avait de longs ongles jaunis, et des dents accérées. Il poussait de longs râles rauques, et ne semblait pas savoir parler. Will cherchait des yeux une arme, n'importe quoi, du moment qu'il pouvait se défendre. Il décrivait un demi-cercle de ses pas, en essayant d'anticiper le moment où la créature lui bondirait dessus, et, d'un geste vif, il attrapa le poignard posé sur la table de bois verni, qu'il envoya se planter dans le coeur de la bête. Du sang noir en jailli, et le monstre s'effondra, exhalant un dernier cri déchirant, avant de sombrer dans le silence.
Will referma la porte à clé, et recommenca à chercher la bourse et le pistolet. Il finit par découvrir dans le coffre un petit loquet: il le souleva, et le fond du coffre se souleva, comme une trappe. Il y avait un deuxième compartiment, dans lequel se trouvait une carte, la bourse et le pistolet. Il mit l'arme à sa ceinture, et ouvrit la bourse pourpre en tirant sur la lanière. Elle ne contenait qu'un petit globe doré, mais magnifiquement ouvragé. Des volutes gravées couraient sur la surface de la sphère, et des reflets argentés s'évanouissaient lentement. A l'instant même où il frôla la sphère de ses doigts, une multitude de filaments dorés s'en échappa. Il fut rapidement enveloppé par ces rubans immatériels. Les filaments convergèrent devant ses orbites, en formant une image, qui soudain, prit vie. Les fils d'or s'animèrent, et il vit des images défiler devant ses yeux.
Une silhouette encapuchonnée marchait dans le brouillard. Au loin, le son des vagues s'écrasant contre les falaises retentissait. L'étrange apparition retira sa capuche. Elle avait de longs cheveux sales et grisâtres.
Des rides vieillissaient son visage fin et maigre. Les marques de ses dents s'imprimaient sur ses joues tant elle était maigre. La seule preuve de vie résidait dans ses yeux, dans lesquels crépitait une lueur ardente, mais qui dégageait de fines volutes bleuâtres. Ses pas soulevaient de petits nuages de poussière. Peu à peu se déchirait dans l'ombre l'image imposante d'un monolithe de pierre qui éraflait le ciel de toute son hauteur vertigineuse. L'homme - ou la femme, Will n'arrivait pas à se décider - se posta devant l'obélisque. Des glyphes avaient été gravées tout le long de la pierre, et un fourmillement doré les parcouraient, telle l'eau dans un sillon.
Il posa son long doigt sur une des glyphe et une lueur verte se propageait alors le long des rainures, aspirant les étincelles d'or.
Will ignorait ce que cela signifiait. Il regarda autour de lui: il n'était plus dans le navire, mais bien aux côtés de l'homme mystérieux. Pourtant, sa présence n'avait pas d'emprise sur l'environnement. Il avait beau crier, personne ne semblait se rendre compte qu'il était là. Alors que les stries devenaient de plus en plus vertes, le sol commençait à se fissurer tout autour de lui. Un grand CRAC! renversa Will.
De grandes ailes noires, décharnées et osseuses se déployaient sur le dos de l'homme.
D'un puissant battement d'ailes, l'homme fendit les cieux et il disparu. La scène se brouilla. Après quelques instants, il vit qu'il était maintenant en lévitiation,quelques mètres au dessus du sol, comme si il était supendu par une corde. Il se trouvait au bord d'une sorte de puit, en pleine mer, de telle sorte que l'eau s'engouffrait dedans, en formant un tourbillon menacant. L'homme ailé était toujours là, mais cette fois, il lui parlait.
"Tu en sais trop... Tu n'aurais jamais du les rejoindre... Mais il est trop tard, oui, bien trop tard."
Un rictus machiavélique déchira son visage. Il essayait de lutter contre le vent terrifiant qui soufflait dans ses grandes ailes dégénérées. "Mais il semblerait que tu ai choisi ta voie... Les Nécromanciens t'auraient acceuilllit volontiers. Tous les deux, nous aurions pu réanimer l'armée des morts, recréer une âme afin de raviver le corps... Oui, je t'aurais enseigné ces choses là... Mais visiblement, tu as préféré choisir ces talents risibles qu'ILS t'offraient. Ces talents qui ne servent à rien, qui ne sont utiles qu'aux femmes. Un homme ne sait se battre comme cela." Will ne comprennait aps de quoi parlait l'homme, mais il était effrayant. Ill essaya de quitter cet endroit en fermant les yeux, esperant que ce fut un mauvais rêve, mais l'abominable créature ailée poursuivait son discours sifflant. "Les Nécromanciens... Tu aurais du voir notre puissance, à Fer'Razhal, la Cité du Mal. Oui... Oui, nous sommes puissants... Personne ne peut nous empêcher d'accéder au pouvoir, pas même l'Ancêtre. Non, personne... Mais ton semble avoir choisi ton côté... Eh bien, tant pis. Si tel est ton destin, je ne peux le changer. Mais je peux toujours..." Il s'interrompit et pointa la poitrine de Will de ses longs doigts décharnés. Il reprit: "Oui, je ne peux changer ton destin. La seule chose que je puisse faire pour que tu ne te mette plus en travers de mon chemin, serait tout simplement de te supprimer". A l'instant même où il prononça ces paroles, des sillons verdâtres et lumineux parcoururent le doigt pointé contre la poitrine de Will, imcapable d'effectuer le moindre geste. Son coeur se contracta, et il tomba à la renverse, en chutant inexorablement dans le puit. Il entendit un dernier battement d'aile, et ses yeux se refermèrent.
Will se réveilla dans une petite chambre, bien au chaud dans un lit dont la couverture était brodée de motifs dorés. Sur le tonneau qui servait de table de chevet étaient posés ses habits, la petite sphère et un insigne noir avec un insigne brodé dessus: deux pistolets croisés. Le sol ne tanguait pas, ce qui lui laissa présumer qu'il était de retour sur la terre ferme. Lorsqu'il se leva, Longchamp entra dans la pièce.
« Ah, enfin levé! Tu va bien? Tu dors depuis trois jours! dit-il.
-Ça peut aller, répondit Will.
-Si tu as faim, descend au rez-de-chaussée, et dit de mettre la somme sur mon compte. Je te laisse t'habiller. A tout à l'heure!
Et Le Capitaine James Longchamp quitta la pièce.
Quelques minutes plus tard, Will sortit de la chambre, après avoir prit le soin de ranger dans sa poche la sphère, la gravure mystérieuse et la baie. Il traversa le couloir, et descendit l'escalier de bois, pour se retrouver dans une sorte de hall d'auberge. Plusieurs tables étaient disposées, et au comptoir se saoulaient déja quelques vieux loups de mers. Il était encore tôt, mais la fumée des pipes avait déja commencé à envoahir les airs de la salle. Will s'assit à une table où dormait un marin à la jambe de bois. Un perroquet picorait les graines posées dans un bol devant lui. Will commanda un verre de lait et deux croissants. Longchamp ne tarda pas à descendre les escaliers à son tour, et se joint à lui.
"On ne devrait pas rester très longtemps dans cette auberge. Une fois que tu sera reposé, on prendra la mer pour rejoindre Capetown. On passera par le Passage des Ours, on fera une escale au Nord-Est, vers le Fjord Gelé, et on repartira à l'Ouest afin de rejoindre Capetown. Ca devrait nous prendre une dizaine de jours, quinze au maximum si le le Passage a gelé.
-Très bien... Mais qu'est-il advenu du navire? demanda will.
-Ah, oui, je ne t'ai pas raconté. Il y a eut un véritable Après l'attaque, les pirates nous ont volé le navire. L'Empereur est furieux, surtout à cause de la carte qu'il n'a pas pu récupérer. Dommage... J'ai juste eut le temps de te mettre dans un canot afin de nous enfuir. Heuresement que le rivage n'était pas loin, sinon nous n'aurions pas tenus avec le peu de nourriture qu'il nous restait. Tu étais encore évanoui quand je t'ai rammené ici... Je vais essayer de trouver un navire, et on pourra rentrer à Capetown.